Un Petit Mot

            Comme vous l’avez déjà sûrement constaté, le journal a connu quelques changements.  Il sera dorénavant publié deux fois par année dans un nouveau format, en principe, plus volumineux.   

 

La prochaine réunion se tiendra le samedi 18 novembre au Musée Zénon Alary de St-Adèle.  N’oubliez pas vos pièces pour l’encan et apportez vos nouvelles trouvailles ainsi que vos pièces traitant du thème … « les pièces petits formats ».  La réunion suivante se tiendra le samedi février à Ville Saint-Laurent (et non le février comme annoncé dans la dernière lettre d’invitation).  Les élections ont eu lieu lors de la réunion du 13 mai à Saint-Charles sur Richelieu.  Ainsi pour les deux prochaines années, j’assumerai encore le poste de président et les postes de conseillers seront détenus par Mme Louise Chevalier-Bourassa ainsi que Monsieur Paul Giguère. J’en profite pour remercier Monsieur Éric Simard pour l’excellence de son travail lors de son passage comme conseiller.

 

Je profite également de cette rubrique pour offrir le poste d’éditeur.  Comme vous le constatez, ce journal est publié avec quelques semaines de retard.  Présentement, mon horaire de travail ainsi que ma famille me laissent peu de temps pour effectuer cette tâche.  Le travail consiste à préparer un journal en réunissant l’ensemble des textes puis d’imprimer ou faire imprimer le tout en un journal.  Il faut également faire parvenir le journal aux membres ainsi que les lettres d’invitations.  Il est certain que j’aiderai cette/ces personnes.  Le journal est un élément clef pour l’association tant au point de vue du rayonnement que de la diffusion du savoir.

 

Dans ce journal, je vous propose une nouvelle rubrique où vous pourrez trouver dix marques de céramiques du Québec.  Cette rubrique reviendra régulièrement dans chaque journal.  Également, dans les journaux futurs, le conseil d’administration a suggéré d’ajouter une rubrique où des membres nous raconteront une histoire / une aventure reliée à leur collection.  Une trouvaille, une anecdote, une remarque, un fait cocasse, une suggestion, un projet, bref une page d’une expérience personnelle sans grande prétention, une lecture légère mais savoureuse pour collectionneurs avertis.  Préparez vos textes.    

 

Je me répète encore mais je souhaite que tous les membres participent à l’élaboration, la planification et la gestion de l’ACCQ pour en assurer l’épanouissement complet.  SVP, tous les membres sont encouragés à écrire des articles pour le journal.  Toutes les initiatives seront appréciées.  Continuons ensemble cette belle aventure vers le savoir.

 

Sébastien Cauchy

Président de l’ACCQ et éditeur du journal

 

L’ACCQ

Sébastien Cauchy, Président

François Danis, Vice-Président

Jean-Paul Legault, Secrétaire Trésorier

Louise Chevalier-Bourassa, Paul Giguère & Edouard Alex, Conseillers

Réjean Turgeon & Daniel Cogné, Vérificateurs du contenu du journal

 

 

www.Beauceware.com

Forum de discussion sur la céramique du Québec

Annonce des réunions de L’ACCQ

Photographies et Articles

 

Les marques de la poterie du Québec 1 à 20

Par Sébastien Cauchy

 

Voici une nouvelle rubrique où je vous présente des marques retrouvées sur des céramiques du Québec.  Le code que j’associe aux marques est simple mais efficace, la première lettre indique s’il s’agit d’une marque au cul (M), au coté (C) au d’une étiquette (E), le tout suivi d’un numéro pour garder le compte.  La seconde indique la compagnie et le numéro associé tient le compte pour le nombre de marques de cette compagnie.  Vient ensuite une brève description.  Les deux premières dates représentent les années au cours desquelles la marque a été utilisée, celles entre parenthèse représentent l’ensemble des années de production de la compagnie.  Et voici sans plus tarder les vingt premières marques.

 

M1-SJ1

STONE CHINAWARE CO

St JOHNS, QUE.

(MacDonald)

1877-1893

(1873-1897)

M2-SJ2

STONE CHINAWARE CO

ST. JOHNS, P.Q.

(MacDonald)

1877-1893

(1873-1897)

 

 

 

M3-C1

CANADIAN POTTERIES LIMITED

VITRIAN ST JOHNS, QUE.

Probablement de 1931 à 1950 +

(1929-aujourd’hui)

M4-FB1

AB (Aurèle Bouchard)

(Faïencerie de Blainville)

1944 à environ 1960

 

 

C5-GB1

GOYER BONNEAU

(1970-aujourd’hui)

M6-N1

NAMER (Rosalie)

 

 

 

M7-CB1

BEAUCEWARE CANADA

avec numéro de moule

1949 début 1960

(1943-1989)

M8-CB2

BEAUCE CANADA

avec logo et numéro de moule

(1943-1989)

 

 

M9-CB3

CANADA

avec logo et numéro de moule

1949-1989

(1943-1989)

M10-CB4

Cartier St-JOSEPH, BCE

avec logo et numéro de moule

1970 +

(1943-1989)

 

 

C11-CB5

A. Jacques (Antoine)

1975 +

(Céramique de Beauce)

(1943-1989)

M12-CB6

Cartier CANADA

avec logo et numéro de moule

1970 +

(1943-1989)

 

 

M13-CB7

BEAUCE CANADA Ili

avec numéro de moule et ©

Vers 1967

(1943-1989)

M14-CB8

Cartier St-JOSEPH BCE

avec logo et numéro de moule

1970 +

(1943-1989)

 

 

M15-CB9

Trois points blancs sur

          trois points rouges

1946-1949

(Céramique de Beauce)

(1943-1989)

M16-CB10

22 Carat Gold

Les années 1950

(1943-1989)

 

M17-T1

Treimane Val-David

 

M18-FAM1

CHOQUETTE (Marcel)

(La Faïencerie d’Art)

1945

(1945)

 

 

 

 

 

M19-FAM2

CHOQUETTE (Marcel)

La Faïencerie d’Art ©

1945

(1945)

 

M20-MA1

Maîtrise d’Arts (La)

1939-1945

(1939-1952)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chronique des années 60: La terre rouge ou le grès

Par Lise Noiseux

 

Les petits ateliers de céramique foisonnent au Québec vers la fin des années 50.  Dans la foulée des artisans formés à l’École du meuble de Jean-Marie Gauvreau, deux céramistes émergent du milieu et cristallisent deux tendances dans le « savoir faire » et la pratique de l’ART DU FEU.  Ce sont Jean Cartier et Gaétan Beaudin.

 

A cette époque Jean Cartier est déjà un céramiste renommé. Un artiste qui se sert du médium « terre » pour exprimer son talent qui se manifeste aspect du métier.  Il exécute les murales du métro Papineau et Cadillac de Montréal, du théâtre Port-Royal  de la place des Arts et du hall d’entrée de la mairie de Dorval.  Il œuvre avec Jordi Bonet en tournant pour lui des pièces uniques.  Designer, il conçoit et dessine des pièces qu’un jeune apprenti d’alors, Alain Tremblay, tourne pour lui.  Il expérimente des glaçures avec Rosalie Namer.  Il enseigne à l’Institue des Arts Appliqués et dans son atelier rue Bleury où il reçoit des personnes en difficulté psychologique envoyées par le docteur Voyer.  Il conçoit la fontaine lumineuse de la cité du Havre sur les îles de l’exposition universelle de 1967.

 

Comme potier, sa notoriété repose avant tout sur sa conception de la pièce unique décorée.  Il travaille la terre rouge ordinaire, soit tournée soit moulée pour ses fameuses grandes assiettes cuites à basse température.  Il met au point une technique décorative qui caractérisera son style particulier.

 

Dans la pratique, il cuit la pièce une première fois à 950o.  Elle devient le biscuit sur lequel il applique une couche de fond, une glaçure de plomb, un vernissé transparent  parfois teinté par un oxyde.  La pièce est cuite une deuxième fois à basse température, soit 1160o.  Ce n’est qu’à cette étape qu’il décore.  Il applique sur ce fond glacé une glaçure plus opaque par arrosage au fusil avec plus ou moins d’épaisseur.  Il peut gratter ou dessiner un motif tout en lui ajoutant des taches de couleurs, des pigments dilués dans l’eau.  C’est ce qui donne du relief, de la texture ou encore une impression de profondeur à son décor une fois sorti du four pour la troisième fois.  L’effet est inspiré de la peinture abstraite des peintres qu’il fréquentait à cette époque.

 

 

 

Malgré son séjour à l’usine de poterie de Stockholm (Suède) où il travailla le grès et exécuta des pièces uniques dans un style épuré, sans décor, de toute beauté, de retour au pays, dans son atelier de la rue Bleury à Montréal, il revint à l’argile rouge et à sa technique fastidieuse d’antan.

 

Au faîte de sa carrière dans les années 60, il commençait vers le mois d’octobre sa production de vases et de grandes assiettes, en quantité limitée. Toute cette fournée attendue, était vendue lors d’un vernissage avant Noël à une certaine élite.  C’est la raison pour laquelle on trouve très peu d’œuvres exécutées en atelier par Jean Cartier aujourd’hui.

 

Durant les mêmes années, les autres artisans se mettaient résolument au grès avec un chef de file Gaétan Beaudin qui revenait du Japon.  Un tournant était amorcé, une nouvelle esthétique apparaissait et s’imposait.  Mais l’ère des petits ateliers de potiers déclina peu à peu vers les années 70.  Ce fut donc une issue logique pour Jean Cartier que d’associer son talent et son expertise à la Céramique de Beauce comme désigner officiel dès 1970 compte tenu de son expérience similaire vécue en Suède où les artisans ont leur atelier personnel et travaillent en collaboration avec les grandes industries suédoises afin de varier et raffiner leur produit.

 

Solidaire et à contre-courant hier,  Jean Cartier survit heureusement aujourd’hui à travers sa contribution à la production de la céramique de Beauce.  Enfin en 1998, deux ans après sa mort, l’association professionnelle des artisans du Québec reconnut l’importance de son œuvre en rebaptisant leur récompense « prix de la relève Jean Cartier ».

 

À suivre …

 

 

 

M. Philippe Lambert en train de faire une démonstration lors de la Fête du Canada au parc Major à Ottawa. M. Lambert et ses deux fils Richard et Jacques représentaient la céramique beauceronne lors de cet évènement.

Photo prise par M. Daniel Cogné le 1er juillet 2006

Variation des vases Skimo de Cartier (C-113 et C-114)

Par Réjean Turgeon

 

Initialement, M. Sébastien Cauchy soulevait dans le journal  no 1 de l’ACCQ,  Hiver 2005, qu’il existait deux variantes du vase C-114 Skimo de Cartier.

 

Cet article fut repris par M. Daniel Cogné dans le journal no 2, Printemps 2005, dans lequel plusieurs questions furent soulevées. Entre autres, que seul le C-114 variation à 1 point pouvait être l’œuvre de Jean Cartier et produit à la CB.

 

Or, suite à la mise aux enchères d’un vase C-114 « with the black dot » sur Ebay en juin 2006, j’ai voulu savoir s’il s’agissait bel et bien d’une pièce de la CB ou laquelle des variations était le produit de la CB.

 

Comme je savais qu’un ancien céramiste possédait un C-114, j’ai communiqué avec lui pour m’enquérir si son C-114 avait le point au-dessus des pagaies. Je fut consterné d’apprendre que son vase n’avait pas ce point et qu’il s’agissait de l’autre variante décriée. Je tenterai donc ici d’apporter quelques réponses à la découverte de Sébastien en regard de ces deux variantes pour un même vase.

 

D’abord, la publicité de 1972 de la p. 138 du vol. CB des auteurs Cogné, Dubé et Trépanier,  présentent un échantillonnage de la série Skimo de Jean Cartier. Cette page se retrouve dans le dépliant de la cie Canmanex dont Doug Funk était le représentant de la CB à Toronto.

 

Sur cette page, deux vases C-114 sont présentés. Le C-114 B et le C-114 W. Je présume que B était pour beige et W pour white. Il s’agit de la même variante, soit celle avec le point tel que mentionné par Sébastien Cauchy. Nul doute que les pièces de la p. 138 sont bel et bien des produits de la CB.

 

 Puis dans une annexe du catalogue de la CB (non diffusée), on retrouve des produits Skimo de Cartier et le C-114 présenté est celui sans point et on y voit le volet présentant un caribou au-dessus d’un igloo dont certains éléments diffèrent du C-114 de la p. 138. Entre autres, l’absence du couteau de chasse de même qu’une flèche manquante au-dessus du caribou. Nul doute également que ce document publicitaire présente un produit de la CB. Il semble que la variante sans point soit plus rare que l’autre.

 

De plus, le C-114 sans point découvert chez un ancien céramiste est aussi bel et bien de la CB.  Ce dernier m’a confié l’avoir lui-même fabriqué et acquis de la CB et qu’il est en sa possession depuis ce temps.  J’opine à la thèse de M. Cogné que ce vase sans point présente une faiblesse de design.

 

Par contre, dans une page publicitaire de la maison Beauce-Art qui distribuait les produits de la CB  à St-Joseph, on retrouve ce vase C-114 sans point mais qui m’apparaît d’une conception et d’une exécution de qualité équivalente au C-114 avec point que je possède. Sur ce même document, on retrouve aussi une variante du C-113 qui diffère de celui que je possède et qui fut acquis à la CB par le propriétaire initial.

 

Sur les variantes des vases C-113 et C-114, on retrouve en signature le nom de Cartier et le sigle CB avec la différence pour un St-Joseph, Bce et sur l’autre Canada. Donc pour un même vase, deux variantes,  les deux fabriquées à la CB à St-Joseph qui en a fait la publicité.

 

Ces deux variantes sont-elles l’œuvre de Jean Cartier? Personnellement, j’opterais pour dire qu’il a dû en être ainsi quoique rien ne permet de l’affirmer catégoriquement.

 

 

 

 

 

PHOTO d’un C-113 à venir ici

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

PROJETS DE RECHERCHE EN CÉRAMIQUE QUÉBÉCOISE (Première partie)

Par Daniel Cogné

 

 Depuis l’ouverture de l’exposition itinérante Trajectoires – la céramique au Québec des années 1930 à nos jours, organisée par le Musée national des beaux-arts du Québec en  1999 et la publication du catalogue, fruit des recherches de Paul Bourassa et Julie Leclerc, l’intérêt pour notre céramique n’a cessé de croître. En 2004, la publication de Céramique de Beauce par Daniel Cogné, Richard Dubé et Paul Trépanier a fait connaître à de nombreux collectionneurs l’entreprise la plus importante de l’histoire de la céramique industrielle du Québec.

 

Pourtant malgré tous ces efforts, ce que nous savons de nombreux ateliers de céramique demeure encore fragmentaire. Plusieurs font de leur collection de céramique québécoise une véritable expérience intellectuelle où la recherche historique et documentaire occupe une place essentielle. Ceux qui ne s’intéressent à cette céramique que pour des raisons financières, comprendront aisément qu’une œuvre non documentée aura toujours une valeur commerciale limitée. Une céramique réhabilitée par un travail scientifique reprendra sa place auprès des collectionneurs et des musées et occupera un espace plus important dans le marché des objets de collection. Une nouvelle dynamique spéculative accompagne toujours de tels changements.

 

Il est donc essentiel de conjuguer nos efforts pour que l’oeuvre de nos céramistes soit répertoriée et étudiée quels que soient nos objectifs personnels. Disons le franchement : le travail est immense et il n’est pas certain que nous puissions y arriver compte tenu de la disparition des archives de nombreux ateliers. Traçons cependant quelques pistes qui permettront aux collectionneurs d’enrichir leurs connaissances sur la production  qui s’est développée au Québec depuis la fondation de la section de céramique de l’École des beaux-arts de Montréal par Charles Maillard en 1936.

 

1 - BERNITA

 

Que connaît-on de Bernita à l’exception de quelques lignes écrites par Pierre-Aimé Normandeau (Ibid., p.75) sur Bernard Lauzé, un potier diplômé de l’École des beaux-arts de Montréal, et une jeune artiste Anita Elkin? Ces associés ont produit à partir d’avril 1946 des cendriers et des petits vases d’argile rouge aux couleurs multicolores qui ne sont pas sans rappeler les glaçures contemporaines de Jean-Claude Coiteux (1916-1960). Ces pièces aujourd’hui rarissimes sont signées «Bernita», appellation formée d’une partie des prénoms des deux céramistes. Leur production est un témoignage révélateur de l’enseignement de Pierre-Aimé Normandeau (1906-1965) à qui Charles Maillard, directeur de l’École des beaux-arts de Montréal, avait confié l’enseignement de la céramique. Le Musée national des beaux-arts du Québec a acquis un vase de Bernita  en 2001.

 

 

2 - ELSTERMAN QUEBEC ART POTTERY

 

On ne connaît presque rien de cet atelier de céramique fondé par Rudolph V. Elsterman à Ste-Agathe-des-Monts après la Deuxième guerre mondiale. Faute d’archives, il sera toujours difficile d’avoir une vue d’ensemble de son entreprise créée dans la mouvance du renouveau de l’artisanat québécois. L’état actuel de la recherche ne nous donne malheureusement qu’une connaissance très lacunaire de sa production. Son article, intitulé «Starting a Small Pottery Business» (Journal of  the Canadian Ceramic Society, vol. 16, 1947, p.33-36.), demeure présentement le seul témoignage connu de sa conception du travail du potier. On pourrait ajouter l’article «Pottery in Quebec» (Journal of the Canadian Ceramic Society,  vol.15, 1946, p.72-75) dans lequel Pierre-Aimé Normandeau  décrit très brièvement les débuts d’Elsterman dans les Laurentides.  D’autres textes existent sans doute qu’il reste à découvrir…

 

Dans sa réflexion, Elsterman rappelle qu’il a fondé son atelier avec «beaucoup d’enthousiasme et des connaissances rudimentaires». Artiste peintre par profession,  il s’est dirigé vers la céramique parce qu’elle lui permettait d’allier art et rentabilité commerciale.  Dès 9 ans, il a utilisé le tour du potier qu’il a abandonné parce que ses parents détestaient cette pratique. Plus tard, les circonstances l’ont ramené à la céramique devenue un violon d’Ingres.

 

Vivant à la campagne, il découvre, près de la route, une glaise magnifique qu’il apporte à la maison. Aidé de sa femme et de ses deux enfants, il modèle cette terre sur la table de la cuisine. Dès liens particuliers se créent alors avec l’art du potier. Lorsque le fourneau familial devient inadéquat, il construit un four extérieur qu’il chauffe avec «des cordes et des cordes de bois». Il tire grand profit de cette expérience qui se termine en désastre lorsque son four explose...

 

Le déménagement de la famille à Ste-Agathe-des-Monts est la seconde étape de cette aventure peu courante. Grâce à son association avec Canadian Refractories Ltd, il construit lui-même au moins six petits fours électriques qu’il juge plus adéquats pour une petite entreprise de céramique qu’un grand four qui exige des investissements importants et une expertise considérable. Il mentionne aussi qu’il a  produit et vendu quelques fours électriques à des potiers amateurs.

 

Dans son texte, Elsterman soutient qu’à sa connaissance, la glaise, élément essentiel du travail du potier, n’a jamais été une priorité du gouvernement. Il est curieux qu’il ait ignoré  le travail d’expertise du céramiste suisse William John Chochard (1905-1980) qui, dans le cadre des recherches de l’École des arts domestiques, a étudié les gisements de glaise du Québec et leur valeur pour la production de céramique. Parrainés par le gouvernement provincial au début des années 30, ces travaux ont abouti à la fondation, entre autres, de la Poterie du Saguenay et du Syndicat des céramistes paysans de la Beauce.

 

Pour Elsterman, l’Art pour l’Art est un idéal honorable, mais le potier est aussi un homme d’affaires. Il doit vendre pour vivre mais en même temps, il doit  faire l’éducation du public par ses idéaux artistiques. Une poterie qui ne produirait que des chopes serait un atelier de chopes de bière. Une poterie qui ferait de la «céramique à la Picasso» deviendrait un atelier d’artiste. Pour réussir, le propriétaire d’un petit atelier doit rester entre ces deux extrêmes. Voilà l’idéal du céramiste Rudolph Elsterman.

 

Que reste-t-il aujourd’hui de cette production des années 50 que l’on retrouve de temps à autres sur les étals des brocanteurs et dans les collections de quelques amateurs avisés?

Peu de choses, il faut bien l’admettre. Elsterman est surtout connu pour ses magnifiques chopes de terre rouge vernissée souvent agrémentées d’un décor légendé. Ebay vendait récemment un de ses plats rectangulaires au décor conçu avec la technique du sgraffito, prodédé peu courant dans la céramique québécoise.

 

Il reste sans doute beaucoup à découvrir. Espérons que d’autres chercheurs feront connaître des documents d’époque, notamment des articles de journaux et des photographies, qui enrichiront le peu que nous savons de la Elsterman Quebec Art Pottery. Nos membres doivent faire connaître dans notre revue ce qu’ils possèdent de cette belle production qui s’apparente à la céramique populaire d’Allemagne et d’Europe de l’Est.

 

3 – POTERIE DÉCOR

 

La production de faïence fine, connue sous l’appellation «Poterie Décor», est l’oeuvre de Gaétan Beaudin (1924-2002), l’un des meilleurs céramistes du Québec. A partir de 1946 jusqu’en 1953, cet ancien élève de Pierre-Aimé Normandeau enseigne la céramique à l’École technique de Rimouski. Malgré des moyens financiers importants donnés par le gouvernement fédéral, cette expérience pédagogique, axée sur le recyclage des anciens combattants, n’aura pas le succès escompté, car en huit ans Beaudin ne réussira à former que trois céramistes. Il y développe cependant des pièces qui rompent avec l’esprit régionaliste qui dominait les arts décoratifs du Québec de Maurice Duplessis. Par leurs formes, elles s’inscrivent parfaitement dans la mouvance du design moderniste de Russell Wright et d’Eva Zeisel qui connut un immense succès auprès des consommateurs américains des années 40.

 

Aujourd’hui ces œuvres, devenues rares, sont très appréciées d’un petit groupe de collectionneurs perspicaces un peu partout au Canada. La pièce la plus célèbre, conçue en 1950 et produite l’année suivante, est une chope particulièrement élégante (Paul Bourassa, Le design industriel au Québec, p. 42) qui a inspiré d’autres céramistes québécois dont Jacques Garnier et Wilfrid Roberge. Elle figure au registre du Conseil national du design industriel du Canada. Ce modèle a été repris dans un format plus petit par la Poterie Laurentienne de St-Jérôme. Cette production remarquable, qui introduit la modernité dans la céramique québécoise, mérite toute l’attention de nos membres.

 

On retrouve maintenant des chopes et des vases de la Poterie Décor dans plusieurs musées, notamment le Musée national des beaux-arts du Québec, le Musée canadien des civilisations et le Design Exchange de Toronto. Il est regrettable que la Poterie Décor n’ait suscité aucun intérêt auprès des musées et des institutions culturelles de la région de Rimouski. Nul n’est prophète en son pays…

 

4 - POTERIE DU SAGUENAY

 

L’histoire de cette entreprise est avant tout celle d’un échec. Née des illusions du renouveau de la petite entreprise artisanale pendant la Dépression, la Poterie du Saguenay est fondée à Chicoutimi en octobre 1939 par un groupe d’investisseurs. Le rapport de la première semaine d’opérations est daté du 9 mars 1940. Bernard Vanasse et Jean-Jacques Spénard, anciens élèves de Normandeau, ainsi que William John Chochard, responsable du laboratoire de céramique de l’École des arts domestiques de Québec, jouent un rôle déterminant en apportant une aide technique et artistique à l’atelier.

 

Le Musée de la civilisation conserve un très beau biscuit en argile rouge conçu par Chochard à Chicoutimi le 14 août 1940 probablement pour servir de modèle (Céramique de Beauce, p.50). De tous ces efforts naîtra une modeste production dont le catalogue raisonné n’a pas encore été fait. Le chef d’œuvre de la Poterie du Saguenay est sans doute la tabatière en forme de tête d’Améridien dont le modèle original exécuté par Spénard est conservé au Musée Pierre-Boucher de Trois-Rivières. Cette aventure dont on possède très peu de données, se terminera par une faillite en 1949.

 

5 – SIAL  I et II

 

Sial, combinaison des symboles chimiques du silicium et de l’aluminium, est le nom de la croûte terrestre. C’est aussi celui de l’entreprise fondée par Gaétan Beaudin, Pierre Legault et Bertrand Vanasse en 1965 pour répondre aux besoins techniques des céramistes en leur fournissant des argiles, glaçures et outillages professionnels. Une bonne partie de cette argile provient d’un site de schiste à St-Octave-de Métis. Sial I  (situé au 9470, boulevard Lalande, Pierrefonds) vendait ses produits dans 28 centres de distribution au Québec.

 

Peu à peu s’est dessiné dans l’esprit de ses dirigeants le projet de diffuser une céramique de qualité pour faire concurrence aux importations anglaises et asiatiques qui dominaient le marché nord-américain. Sial II, éditeur de céramique, est fondé en 1973 à Pierrefonds avec la collaboration de Maurice Savoie. Cette expérience se révèle toutefois très difficile. L’année suivante, après une étude technique d’un groupe d’ingénieurs dirigé par Jean Bertrand, la société Laboratoire de Béton Limitée achète Sial II et investit $3 millions dans la construction d’une usine spacieuse à Laval (2860, boul. Le Corbusier) pour fabriquer de la vaisselle en grès léger. Guy Robitaille, à la tête d’une équipe de 55 employés, en dirige la production.

 

Le design original du service de vaisselle est conçu par Gaétan Beaudin à partir de l’intersection de deux ovales. Les pièces bicolores ont une glaçure brun orangé produite par vaporisation de sel, à laquelle s’ajoute un choix de quatre tons complémentaires : blanc cassé, brun Tenmoku, vert et gris céladon, qui rappellent le séjour de Beaudin au Japon. Pressées ou moulées avec une nouvelle pâte céramique faite de 75% de porcelaine et de 25% d’argile, les pièces du service n’ont besoin que d’une seule cuisson d’une durée de vingt-quatre heures à la température de 2400 degrés Fahrenheit. Cette vaisselle est distribuée en Europe avec la marque de commerce Cerval. Pierre Legault et Maurice Savoie conçoivent aussi pour Sial plusieurs modèles, dont des chopes et un service à liqueur. Malgré le talent de ses designers et la qualité de sa production, l’entreprise est incapable de faire face à la concurrence étrangère et doit être dissoute en 1981.

 

Le Design Exchange de Toronto, le Musée canadien des civilisations et plusieurs musées québécois ont acquis des pièces de Sial, qui apparaissent aujourd’hui comme l’une des plus grandes réussites esthétiques de la céramique industrielle québécoise.

 

(Suite au prochain numéro)

 

 

        

 

 

 

1-    Bernita (Bernard Lauzé et Anita Elkin)

       Vase de faïence, vers 1946

       Musée national des beaux-arts du Québec

       Don de Monsieur Daniel Cogné

       Photo : Jean-Guy Kérouac

 

 

2-   Elsterman Quebec art Pottery

       Chope et crémier, vers 1950

 

 

2a-  Elsterman Quebec art Pottery

       Cabarets et vase, vers 1950

2b-  Elsterman Quebec art Pottery

       Chope RCAF, vers 1950

 

2-  Elsterman Quebec art Pottery

       Marque

 

 

 

3-    Poterie Décor (Gaétan Beaudin)

 Chope, 1951.

 

 

 

 

4-    Poterie du Saguenay

 Bottines, chope, théière et figurines.

 

 

4-    Poterie du Saguenay

 Marque

 

 

5-   Sial II (Gaétan Beaudin)

       Vaisselle en grès, 1976

 

 

5a-   Sial II (Pierre Legault)

       Chope, vers 1976

        

 

La réunion du 13 Mai 2006

 

Une fois de plus, les dernières trouvailles étaient merveilleuses, de la terre rouge, des pièces non répertoriées ainsi que quelques agrandissements de photos anciennes de la Céramique de Beauce encore inconnues.  Un très bel encan qui a fait plusieurs heureux!  Les élections se sont déroulées sans grandes surprises et surtout sans que personne ne vote. Le seul changement est la nomination de Paul Giguère comme conseiller qui remplace Éric Simard.  Un très bon souper dans une atmosphère des plus conviviales.  Que demander de plus!

 

Merci à nos hôtes Sébastien Cauchy & Edouard Alex

 

 

 

Céramique de Beauce Lampe Perroquet # L- et

Céramique de Beauce terre rouge base de lampe R-sn

 

Céramique de Beauce terre rouge objets d’aquarium #R-sn

Céramique de Beauce terre rouge chope Québec #R-27Q et

Céramique de Beauce terre rouge cendrier R-sn

 

Céramique de Beauce terre rouge pichet #R- et 

Céramique de Beauce terre rouge vase #R-201

 

Assiette Thomas Furnivals Montmorency Fall, Winter

 

Vase Adam et Eve, produit à l’École des Beaux-Arts de Montréal

Jean Dion, début des années 1940

 

 

La réunion du 25 Février 2006

 

Comme à l’habitude, une belle rencontre était au programme, bon nombre de personnes s’étaient déplacées pour y assister venant des quatre coins du Québec, de la Beauce à l’Outaouais.  Un encan exceptionnel (voir les photos) nous a permis d’échanger plusieurs pièces.  Le thème de la réunion était les lampes.

 

Merci à nos hôtes Lise Noiseux & Edouard Alex